Lactobacilles : c’est quoi et à quoi servent-ils ?

Lactobacilles : c’est quoi et à quoi servent-ils ?

Ils sont minuscules, invisibles à l’œil nu et pourtant très présents dans notre quotidien. Les lactobacilles se trouvent notamment dans l’intestin, la bouche, l’appareil génital féminin et certains aliments fermentés. On les associe souvent aux « bonnes bactéries », aux probiotiques ou à l’équilibre de la flore intestinale. Mais que sont-ils exactement ? À quoi servent-ils vraiment et faut-il prendre des compléments pour en profiter ?

Pauline Lefèvre vous aide à y voir plus clair, sans jargon inutile ni promesse miracle.

Les lactobacilles, qu’est-ce que c’est ?

Les lactobacilles sont des bactéries appartenant principalement au groupe des bactéries lactiques. Leur particularité est de produire de l’acide lactique lorsqu’elles fermentent certains sucres. Cette capacité est utilisée depuis très longtemps pour fabriquer des aliments comme les yaourts, le kéfir, la choucroute ou encore certains légumes lactofermentés.

Le mot « bactérie » peut faire peur. Pourtant, toutes les bactéries ne sont pas dangereuses. Notre organisme héberge naturellement des milliards de micro-organismes qui participent à son équilibre. L’ensemble de ces micro-organismes est appelé le microbiote.

Les lactobacilles font donc partie du microbiote humain. Ils sont présents en proportions variables selon les zones du corps, l’âge, l’alimentation, les hormones, les médicaments et l’état général de santé.

À noter : la classification scientifique des bactéries évolue. Certaines espèces autrefois regroupées sous le nom Lactobacillus ont été renommées et réparties dans de nouveaux genres. Dans le langage courant, on continue toutefois à parler de lactobacilles pour désigner ces bactéries lactiques bénéfiques ou potentiellement bénéfiques.

Où trouve-t-on les lactobacilles ?

On les retrouve dans plusieurs environnements de l’organisme, avec un rôle différent selon l’endroit.

  • Dans l’intestin : ils participent à l’équilibre du microbiote et interagissent avec d’autres micro-organismes.
  • Dans la bouche : ils font partie de la flore buccale, même si leur présence doit rester équilibrée.
  • Dans le vagin : ils contribuent généralement à maintenir un environnement acide défavorable à la prolifération de certains microbes.
  • Dans les aliments fermentés : ils interviennent dans la transformation du lait, des légumes et d’autres aliments.

Le microbiote n’est pas identique d’une personne à l’autre. Il n’existe donc pas une composition « parfaite » valable pour tout le monde. L’objectif n’est pas d’éliminer toutes les bactéries, mais de favoriser un écosystème diversifié et stable.

Quel est leur rôle dans l’intestin ?

Dans le système digestif, les lactobacilles peuvent contribuer à plusieurs fonctions. Ils produisent notamment de l’acide lactique, ce qui modifie localement l’acidité et peut limiter la multiplication de certains micro-organismes indésirables.

Ils participent aussi à des interactions complexes avec les autres bactéries du microbiote et avec la muqueuse intestinale. Le microbiote joue un rôle dans la digestion de certains composants alimentaires, dans la production de substances utiles et dans la communication avec le système immunitaire.

Il serait toutefois excessif d’attribuer tous ces bénéfices aux seuls lactobacilles. Notre santé digestive dépend d’un ensemble de facteurs : diversité du microbiote, alimentation, sommeil, activité physique, stress, hydratation et traitements éventuels.

Un yaourt ou un complément ne peut donc pas « réparer » à lui seul un intestin malmené par une alimentation très déséquilibrée ou un manque chronique de sommeil. Le corps apprécie les petits gestes réguliers, pas les solutions magiques en une seule prise.

Les lactobacilles et la santé intime

Le microbiote vaginal est naturellement dominé, chez de nombreuses femmes, par différentes espèces de lactobacilles. Ces bactéries produisent notamment de l’acide lactique, qui contribue à maintenir un pH acide. Cet environnement peut limiter la croissance excessive de certains germes.

Le microbiote vaginal peut toutefois être influencé par de nombreux éléments :

  • les variations hormonales, notamment pendant les règles, la grossesse ou la ménopause ;
  • la prise d’antibiotiques ;
  • les rapports sexuels et l’utilisation de certains produits ;
  • le diabète ou certaines maladies ;
  • les douches vaginales et les produits parfumés, qui peuvent perturber l’équilibre local.

Une odeur inhabituelle, des démangeaisons, des brûlures ou des pertes modifiées ne doivent pas être automatiquement attribuées à un « manque de probiotiques ». Ces signes peuvent correspondre à une mycose, une vaginose bactérienne, une infection sexuellement transmissible ou une autre cause. Un avis médical ou une consultation auprès d’une sage-femme permet d’identifier le problème et d’éviter l’automédication.

Les probiotiques contenant des lactobacilles sont parfois proposés pour accompagner la prise en charge de certaines situations gynécologiques. Les résultats des études restent variables et dépendent de la souche utilisée, de la dose et du contexte. Ils ne remplacent pas un traitement prescrit.

Quel lien avec les aliments fermentés ?

Les lactobacilles sont utilisés depuis des générations pour fermenter certains aliments. Pendant la fermentation, ils transforment une partie des sucres en acide lactique. Cela donne une saveur légèrement acidulée et contribue à la conservation du produit.

On peut en trouver dans :

  • les yaourts contenant des ferments vivants ;
  • le kéfir de lait ou d’eau ;
  • la choucroute crue non pasteurisée ;
  • le kimchi ;
  • les légumes lactofermentés ;
  • certains fromages et produits fermentés.

La présence et la quantité de bactéries vivantes varient selon le mode de fabrication, la conservation et la cuisson. Un aliment fermenté n’est pas forcément probiotique au sens scientifique du terme. Pour être qualifié de probiotique, un micro-organisme doit notamment être identifié, consommé en quantité suffisante et avoir démontré un bénéfice pour la santé dans une situation donnée.

Autrement dit, tous les aliments fermentés peuvent s’intégrer dans une alimentation intéressante, mais il ne faut pas leur attribuer automatiquement des effets thérapeutiques.

Probiotiques : quelle différence avec les lactobacilles ?

Un probiotique est un micro-organisme vivant qui, consommé en quantité adéquate, procure un bénéfice pour la santé. Certains lactobacilles sont donc des probiotiques, mais tous les lactobacilles ne sont pas nécessairement utilisés comme probiotiques.

Sur une boîte de complément, le nom du produit devrait idéalement préciser :

  • le genre et l’espèce de la bactérie ;
  • la souche exacte, souvent indiquée par un code ou une appellation particulière ;
  • le nombre de micro-organismes présents ;
  • les conditions de conservation ;
  • la date limite d’utilisation.

Cette précision est importante, car deux bactéries appartenant à la même espèce peuvent avoir des propriétés différentes. Les effets observés avec une souche ne peuvent pas être automatiquement attribués à toutes les bactéries du même groupe.

Par exemple, un produit étudié dans le cadre d’une diarrhée liée aux antibiotiques ne sera pas forcément utile pour les ballonnements ou les récidives de mycoses. La question n’est donc pas seulement « contient-il des lactobacilles ? », mais plutôt « quelle souche, pour quel objectif, chez quelle personne ? »

Après des antibiotiques, sont-ils utiles ?

Les antibiotiques sont indispensables pour traiter certaines infections bactériennes. Mais ils peuvent également perturber le microbiote intestinal et provoquer des effets indésirables, comme des selles plus molles, des douleurs abdominales ou une diarrhée.

Certaines souches probiotiques ont montré un intérêt dans la réduction du risque de diarrhée associée aux antibiotiques, notamment chez certaines personnes. Les résultats ne sont cependant pas identiques pour tous les produits. Le choix doit être fait avec un professionnel de santé, en particulier chez l’enfant, la personne âgée ou une personne fragile.

Il est généralement conseillé de respecter la prescription d’antibiotiques et de ne pas interrompre le traitement dès que l’on se sent mieux. Pour soutenir le microbiote, une alimentation variée, riche en fibres et suffisamment hydratée est également essentielle.

Comment favoriser naturellement un microbiote équilibré ?

Plutôt que de se concentrer sur une seule bactérie, mieux vaut prendre soin de l’ensemble de son environnement intestinal. Quelques habitudes simples peuvent aider :

  • manger régulièrement des légumes, des fruits, des légumineuses et des céréales complètes ;
  • augmenter progressivement les fibres si l’alimentation en contient peu ;
  • varier les sources de protéines et les aliments consommés ;
  • boire suffisamment d’eau ;
  • limiter la consommation excessive d’alcool et de produits très transformés ;
  • pratiquer une activité physique adaptée ;
  • préserver un sommeil régulier ;
  • éviter de prendre des antibiotiques sans indication médicale.

Les fibres servent de nourriture à de nombreuses bactéries intestinales. On les trouve notamment dans les poireaux, les oignons, les asperges, les pommes, les lentilles, les pois chiches, l’avoine et les graines. Si elles provoquent des ballonnements, mieux vaut les introduire progressivement plutôt que de tout changer du jour au lendemain.

Faut-il prendre un complément de lactobacilles ?

Les compléments alimentaires peuvent être utiles dans certaines situations, mais ils ne sont pas indispensables pour tout le monde. Leur intérêt dépend de l’objectif recherché, de la souche, de la durée de prise et de l’état de santé.

Avant d’acheter une boîte, il est pertinent de se poser quelques questions :

  • Quel problème est-ce que je cherche à améliorer ?
  • Le produit possède-t-il des données sérieuses pour cet usage ?
  • La souche est-elle clairement indiquée ?
  • La conservation et la date d’utilisation sont-elles respectées ?
  • Ce complément est-il compatible avec mes traitements et ma situation médicale ?

Des effets digestifs légers, comme des gaz ou des ballonnements, peuvent apparaître au début. Ils sont souvent transitoires, mais il faut arrêter le produit et demander conseil en cas de réaction importante ou inhabituelle.

Les personnes immunodéprimées, hospitalisées, porteuses d’une maladie grave ou équipées d’un dispositif médical particulier doivent demander un avis médical avant de prendre des probiotiques. La prudence est également recommandée pour les nourrissons et les personnes très fragiles.

Les bonnes habitudes d’hygiène à retenir

Pour préserver l’équilibre du microbiote intime, les gestes simples sont souvent les meilleurs. Une toilette externe douce, avec de l’eau et éventuellement un produit sans parfum, suffit généralement. Le vagin possède un système naturel d’auto-nettoyage : les douches vaginales ne sont donc pas nécessaires et peuvent perturber la flore.

Il est préférable de changer régulièrement les protections périodiques, de porter des sous-vêtements respirants et d’éviter les produits parfumés appliqués sur les muqueuses. En cas de symptômes persistants ou répétitifs, une consultation permet de rechercher la cause au lieu d’enchaîner les traitements au hasard.

Les lactobacilles sont des alliés potentiels de notre équilibre microbien, mais ils ne sont qu’une pièce du puzzle. Une alimentation diversifiée, une bonne hygiène de vie et un accompagnement médical adapté restent les bases les plus solides pour prendre soin de sa santé.